ZWILLER Marie-Augustin

Femme contemplative
Huile sur panneau
H- 35.5cm / L- 28.8cm / H- 0.5cm
Femme contemplative
Huile sur panneau
H- 35.5cm / L- 28.8cm / H- 0.5cm
GLP 515
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Peintre alsacien, 1850-1939

Augustin Zwiller saisit sur la toile le frémissement de son époque, le mouvement incessant de la vie moderne, mais il le fait avec une fidélité assumée aux canons classiques. De cette tension féconde naissent, selon les mots du critique d’art F.-H. Audet, « des œuvres offertes au plaisir du cœur, de l’esprit et du regard, que le temps conserve précieusement, parce que le talent demeure quand les modes s’évanouissent ».

Né à Didenheim en 1850, dernier enfant d’une fratrie nombreuse, Zwiller est très tôt confronté à l’adversité. Orphelin de père à l’âge de cinq ans, il doit quitter l’école à treize ans malgré des dispositions remarquables, pour entrer à l’usine. Cette immersion brutale dans la condition ouvrière marque durablement son regard. Le hasard bienveillant veut toutefois que la fabrique qui l’emploie soit une manufacture d’impression sur étoffes : un lieu où son sens du dessin peut s’exprimer. Son talent y est rapidement remarqué, au point qu’il est admis à l’École de dessin de Mulhouse. Entre 1867 et 1869, il y remporte plusieurs prix, signe précoce d’une vocation irrépressible.

Après avoir pris part à la guerre de 1870, Zwiller obtient le certificat d’aptitude à l’enseignement du dessin et succède à son maître, Monsieur Eck. Cette reconnaissance institutionnelle lui permet enfin de vivre de son art. Dès lors, il peint avec une ardeur presque fiévreuse, déployant une virtuosité qui embrasse toutes les techniques picturales.

L’année 1882 marque un tournant décisif : l’œuvre qu’il présente au Salon de Paris est acceptée. Zwiller quitte alors les rives de l’Ill pour celles de la Seine. En 1883, il entre à l’Académie Julian, pépinière d’artistes promis à la faveur du public. Il s’impose rapidement comme un portraitiste de premier plan, dont le style n’est pas sans rappeler celui de son compatriote de Bernwiller, Jean-Jacques Henner. Le succès est durable, les commandes affluent. Installé à Neuilly, le couple Zwiller mène une existence confortable, sans jamais rompre le lien avec l’Alsace : l’artiste revient régulièrement à Mulhouse, où il possède une belle propriété près de Saint-Damien. À quatre-vingt-sept ans, la consécration est totale lorsqu’il reçoit le prix Bonnat pour l’ensemble de son œuvre de portraitiste.

Dans la lignée des maîtres du XVIIIᵉ siècle

Tout au long de sa carrière, Augustin Zwiller demeure résolument fidèle à la peinture académique. Les jurys successifs, qui continuent de primer des œuvres classiques, confortent cette constance, tandis que Matisse, Cézanne et Picasso bouleversent radicalement le langage pictural. Le grand public, encore déconcerté par ces audaces, se détourne de ces novateurs. Zwiller, pleinement conscient de cette fracture esthétique, persiste dans une voie qu’il estime garante de la lisibilité et de la pérennité de l’art : une peinture fondée sur la maîtrise souveraine du dessin et de la couleur.

Portraitiste infaillible, il conjugue la ressemblance la plus exacte à une saisissante impression d’instantanéité. Peintre de la nature, ses paysages des bords de l’Ill, aux touches délicates et vibrantes, flirtent parfois avec la sensibilité impressionniste. Maître incontesté du nu, il célèbre avec ferveur le corps féminin, qu’il élève au rang d’idéal plastique. Témoin attentif de son temps, il représente aussi le monde du travail dans ses tableaux industriels, et surtout les figures d’Alsaciennes qui, dans le contexte douloureux de l’après-guerre de 1914-1918, incarnent la tristesse infinie d’une région endeuillée par la perte de tant de ses fils.

Zwiller a choisi d’inscrire son œuvre dans la lignée des maîtres du XVIIIᵉ siècle, convaincu que cette peinture exigeante, fondée sur une technique irréprochable, correspondait intimement à sa nature profonde; l’essence même de sa personnalité artistique.